Drimbox : ce que pensent les MERM -Synthèse de l'enquête CNPMEM
Les MERM sont favorables à la Drimbox, mais la moitié d'entre eux n'en avait jamais entendu parler. C'est le principal enseignement de notre enquête auprès de 141 manipulateurs à l'été 2026. Le frein n'est pas le rejet : c'est le manque d'information.
Le projet DRIM, porté dans le cadre du Ségur du numérique en santé, vise à permettre à un professionnel habilité de consulter les examens d'imagerie d'un patient réalisés dans un autre établissement. La Drim-box est le dispositif qui rend cette consultation possible au quotidien. Les MERM, qui produisent et gèrent ces images, sont en première ligne.
Trois chiffres résument la situation :
• 50 % des répondants n'avaient jamais entendu parler du projet DRIM ;
• 85 % de ceux qui le connaissent anticipent une amélioration modérée ou importante de leur pratique ;
• 91 % souhaitent être davantage informés.
Qui a répondu ?
L'échantillon est majoritairement hospitalier et expérimenté. Deux tiers des répondants (68 %) exercent en hôpital public, 15 % en centre d'imagerie libéral, 8 % en centre de lutte contre le cancer et 6 % en clinique privée.

Enquête CNPMEM 2026 · mode d'exercice · 141 répondants
La moitié exerce depuis plus de 20 ans et 78 % depuis plus de 10 ans. Seuls 12 répondants (9 %) ont été diplômés en 2024 ou après. Les secteurs les plus représentés sont le scanner (85 répondants), la radiologie conventionnelle (84), l'IRM (64) et l'imagerie interventionnelle (44).
Ce profil a une conséquence : les résultats reflètent d'abord le regard de professionnels aguerris, en établissement public. Les jeunes diplômés et le secteur libéral sont moins représentés.
Un niveau de connaissance encore faible
Les MERM connaissent l'environnement général du numérique en santé, mais beaucoup moins la Drim-box elle-même.

L'auto-évaluation confirme ce constat. Sur une échelle de 1 à 10, la note moyenne de connaissance du projet DRIM est de 3,2, et la note médiane de 2. Près de deux répondants sur trois (64 %) se situent entre 1 et 3 ; 62 se donnent la note minimale.
Le chiffre sur la CPS mérite attention : moins d'un MERM sur deux en possède une. Or l'identification du professionnel conditionne l'accès aux services numériques de santé partagés.
Comment l'information circule
Parmi ceux qui connaissaient le projet, le premier canal est leur établissement (34), loin devant la presse spécialisée (20), les sociétés savantes et CNP (15), les radiologues et les collègues MERM (10).
Les réponses libres montrent un canal souvent sous-estimé : les réseaux sociaux professionnels. Les communautés de manipulateurs sur Facebook et Instagram, LinkedIn et les JFR reviennent régulièrement. L'information passe donc beaucoup par les pairs et par le terrain.
Une adhésion de principe forte
Quand ils connaissent le projet, les MERM y croient. Sur l'ensemble des répondants, 62 % anticipent une amélioration de leur pratique (35 % importante, 27 % modérée). Seuls 4 répondants n'en attendent aucune.

Enquête CNPMEM 2026 · question 17 · 141 répondants
Le détail est plus parlant encore. Parmi les 71 MERM qui connaissaient le projet DRIM, 60 (85 %) prévoient une amélioration modérée ou importante, et un seul est sans avis. Parmi les 70 qui le découvraient, plus de la moitié (37) sont sans avis. L'incertitude vient donc plus de la méconnaissance que du scepticisme.

Enquête CNPMEM 2026 · questions 11 × 17 · 141 répondants
Des objectifs bien identifiés
Les répondants perçoivent correctement la finalité du dispositif : partager les images entre professionnels (72 %), améliorer la coordination des parcours (65 %), réduire les examens redondants (57 %) et sécuriser l'accès aux données (54 %). L'accès du patient à ses propres examens n'est cité que par un tiers d'entre eux.
Des bénéfices concrets et attendus
Les bénéfices les plus cités touchent directement le quotidien des services, à commencer par l'accès aux examens antérieurs.

Enquête CNPMEM 2026 · question 18 · 141 répondants
Le gain de temps administratif arrive plus loin (50). Un répondant exerçant en radiothérapie souligne un bénéfice plus rare : des délais de prise en charge raccourcis, l'examen de référence étant disponible plus vite.
Les MERM se voient peu comme bénéficiaires
Interrogés sur ceux qui profiteront le plus de la Drim-box, les répondants citent d'abord l'ensemble des acteurs du parcours (64), puis les patients (60), les radiologues (53) et les prescripteurs (50). Les MERM eux-mêmes arrivent en dernier (30), derrière les urgentistes. Ils perçoivent la Drim-box comme un outil au service des autres, plus que du leur.
Des inquiétudes à entendre
Un quart des répondants (26 %) déclare des inquiétudes, 29 % n'en ont pas et 45 % ne savent pas. Fait notable : les inquiétudes augmentent avec la connaissance. Elles concernent 35 % des MERM qui connaissaient le projet, contre 16 % de ceux qui le découvraient. Mieux on connaît le dispositif, plus on en voit les points de friction concrets.
L'intégration technique. Un outil de plus, sur une interface de plus, risque de ne pas être utilisé. Un répondant le dit clairement : si la Drim-box n'est pas visible directement dans le RIS, elle pourrait rester lettre morte. D'autres évoquent le débit internet du site hôte des images ou le recours à une solution intermédiaire jugée lente.
La sécurité et la qualité des données. Le piratage et le risque de rançongiciel sont cités. L'identitovigilance revient aussi plusieurs fois. Un référent PACS pose une question de fond : qui décide des données partagées, et qui assure la bonne tenue des examens stockés, alors que des corrections sont parfois nécessaires plusieurs jours après l'acquisition ?
L'équité et la charge de travail. Certains craignent un accès inégal si le dispositif reste réservé aux structures qui l'achètent. D'autres redoutent qu'on ajoute aux équipes de nouvelles tâches de transfert d'images sans leur en donner les moyens.
Le rôle des MERM et les conditions de l'adoption
La formation est la condition la plus consensuelle de toute l'enquête. Trois répondants sur quatre (74 %) jugent qu'une formation spécifique sera nécessaire ; 4 seulement ne sont pas d'accord.
↗ Enquête CNPMEM 2026 · question 24 · 141 répondants
Deux lignes appellent un commentaire. La moitié des répondants ne se prononce pas sur le bilan bénéfices-contraintes : le jugement est suspendu, pas négatif. Et moins d'un MERM sur deux est convaincu que la profession aura un rôle important dans le déploiement ; c'est l'affirmation qui recueille le plus de désaccords.
Un rôle que la profession doit encore s'approprier
Les 62 réponses libres sur le rôle des MERM sont pourtant riches. Elles dessinent plusieurs missions :
• Référent et relais dans le service, formé puis formateur de ses pairs ;
• Gardien de la qualité : vérification des antériorités, contrôle des transferts, identitovigilance, comme pour le PACS aujourd'hui ;
• Pédagogue auprès des patients et interlocuteur des radiologues sur la disponibilité des examens antérieurs ;
• Partie prenante du projet, associé dès le lancement pour que l'outil corresponde aux usages réels.
Un répondant propose une journée commune des référents DRIM et un réseau d'entraide. D'autres, minoritaires, estiment que cette mission relève des informaticiens, sauf si un temps dédié est prévu. Un point revient souvent : les MERM sont au centre de la production de l'image, donc en première ligne, qu'on le prévoie ou non.
Les leviers d'adoption
Invités à choisir trois facteurs indispensables, les répondants placent en tête la formation des professionnels (94 citations, soit deux sur trois), la simplicité d'utilisation (79) et l'intégration aux logiciels existants (60). Viennent ensuite une information claire sur le projet (53) et l'implication des MERM dans le déploiement (35).
↗ Enquête CNPMEM 2026 · question 25 · 141 répondants
Enfin, 91 % des répondants veulent être mieux informés. Les formats préférés sont courts et pratiques : vidéo courte (31), fiche pratique (30), e-learning (28) et journée professionnelle (27). L'article spécialisé n'est choisi que 4 fois.
Ce que l'on retient
L'enquête envoie un message clair : les MERM sont prêts à accompagner la Drim-box, à condition d'être informés, formés et associés. Le CNPMEM en tire quatre pistes de réflexion.
1. Informer, vite et simplement. Produire des contenus courts et pratiques (vidéos, fiches) qui expliquent ce qu'est la Drimbox, ce qu'elle change et ce qu'elle ne change pas. Les diffuser là où les MERM s'informent déjà : établissements, réseaux professionnels, congrès.
2. Accompagner les démarches d'identification. Moins d'un MERM sur deux dispose d'une CPS. Un guide pas à pas sur l'identification numérique des professionnels lèverait l'un des freins les plus cités.
3. Construire un réseau de référents MERM. Appuyer la montée en compétence de référents dans chaque service, sur le modèle des référents PACS, et favoriser le partage d'expérience entre eux.
4. Porter la voix de la profession. Faire remonter aux porteurs du projet et aux éditeurs les attentes du terrain : intégration native au RIS et au PACS, identitovigilance, gouvernance des données partagées, temps dédié.
La Drim-box touche au cœur du métier : l'image, sa qualité et sa circulation au service du patient. Les MERM ont toute leur place dans ce déploiement. L'enquête montre qu'il reste à leur donner les moyens de la prendre.
Méthodologie
Questionnaire en ligne de 30 questions, diffusé par le CNPMEM auprès des MERM et resté ouvert 86 jours. 141 réponses complètes ont été recueillies, pour une durée moyenne de remplissage de 8 minutes. Les questions à choix multiples expliquent que certains totaux dépassent 100 %.
L'échantillon repose sur le volontariat. Il surreprésente probablement les professionnels déjà sensibilisés au numérique en santé ; le niveau réel de connaissance de la profession pourrait donc être plus faible encore.




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